Par Julia Itel – Publié le 25/05/2026
Trois fois par jour, depuis des siècles, les cloches sonnent l’Angélus, soit la prière récitée en l’honneur de la Vierge Marie. Que signifie-t-elle ? D’où vient-elle ? Comment se récite-t-elle ? Retour sur l’une des dévotions les plus importantes de la tradition catholique.
Quelle est la prière de l’Angélus ?
L’Angélus est une prière quotidienne de l’Église catholique se récitant trois fois par jour – le matin, le midi et le soir – afin de commémorer le mystère de l’Annonciation. Composée de trois versets, chacun suivi d’une réponse, consistant en un Ave Maria, et d’une oraison finale, son nom vient de son premier mot latin : Angelus Domini nuntiavit Mariae (« L’ange du Seigneur a annoncé à Marie »).
À travers ses trois versets, la prière reprend trois moments importants du miracle de l’Incarnation tirés des Évangiles : l’annonce de l’archange Gabriel à Marie (Lc 1, 30-35), le fiat de la Vierge (Lc 1, 38), acceptant de porter l’enfant de Dieu, et l’Incarnation du Verbe (Jn 1, 14). Voici le texte de l’Angélus :
L’ange du Seigneur a annoncé à Marie.
Et elle conçut du Saint-Esprit.
Je vous salue Marie, pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
Voici la servante du Seigneur.
Qu’il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue Marie, pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
Et le Verbe s’est fait chair.
Et Il a habité parmi nous.
Je vous salue Marie, pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
Priez pour nous, sainte Mère de Dieu.
Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.
Prions le Seigneur.
Que ta grâce, Seigneur notre Père,
se répande en nos cœurs ;
par le message de l’ange,
tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé ;
conduis-nous, par sa passion et par sa croix,
jusqu’à la gloire de la Résurrection.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Amen.
Durant le temps pascal, c'est-à-dire de Pâques à la Pentecôte, l’Angélus est remplacé par la prière du Regina caeli (ou « Reine du ciel ») :
Reine du ciel, réjouis-toi, alléluia.
Car celui qu’il te fut donné de porter, alléluia,
Est ressuscité comme il l’avait dit, alléluia.
Prie Dieu pour nous, alléluia.
D. Sois heureuse et réjouis-toi, Vierge Marie, alléluia,
C. Car le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia.
Prions. Dieu qui, par la résurrection de ton Fils notre Seigneur Jésus Christ, as bien voulu réjouir le monde, fais, nous t’en prions, que par la Vierge Marie, sa mère, nous arrivions aux joies de la vie éternelle. Par le Christ notre Seigneur. Amen.
D’où vient la prière de l’Angélus ?
Le mystère de l’Annonciation : quand le Verbe s’est fait chair
Au cœur de l’Angélus réside le mystère de l’Annonciation, c'est-à-dire le moment où l’ange Gabriel annonce à Marie que Dieu l’a choisie pour porter et donner naissance à Son enfant, Jésus, le Messie attendu par le peuple juif.
Le récit de l’Annonciation se trouve dans l’Évangile selon saint Luc (Lc 1, 26-38). Après que Gabriel ait annoncé à Marie sa maternité prochaine, elle, qui est vierge, s’étonne : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? ». Gabriel lui indique qu’elle concevra le Fils du Très-Haut par la puissance de l’Esprit Saint. Ce à quoi Marie répond par ces mots : « Voici la Servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Marie, confiante dans le projet de Dieu, accepte d’enfanter « le Verbe » : son « oui » est traduit par la tradition comme le « Fiat » (désignant le subjonctif du verbe facere, qui signifie « faire »), renvoyant à au lien établi, par la confiance et l’obéissance, entre l’humanité et Dieu. L'attitude réceptive de Marie est ainsi devenue pour l’Église un modèle pour tout chrétien qui cherche à accueillir la Parole de Dieu. Et c'est bien ce fiat que l'Angélus invite à renouveler, trois fois par jour.
Je vous salue, Marie
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Quelle est l’histoire de l’Angélus ?
L’Angélus est le fruit d’une lente élaboration au fil des siècles. Déjà, dès le Ve siècle, l’Ave Maria est présent dans les liturgies grecques. Amédée de Lausanne ajoute à celui-ci, au XIIe siècle, les versets sur Jésus.
Au XIe siècle, le pape Urbain II institue une sonnerie vespérale dans les cathédrales et églises de la chrétienté pour inviter les fidèles à s’unir dans la prière à la Vierge pour le succès de la première croisade. Mais cette initiative s’éteint rapidement.
Conjointement au développement de la dévotion mariale au Moyen Âge, la récitation de trois Ave Maria le soir se développe aux XIIe et XIIIe siècles, autant chez les religieux que chez les laïcs. On attribue à saint Bonaventure (1221-1274), ministre général des franciscains et proclamé post-mortem docteur de l’Église, la relance de faire tinter les cloches le soir pour inviter les fidèles des alentours à cet exercice. Un siècle plus tard, les cloches résonnent le soir dans toute la chrétienté…
La sonnerie du matin apparaît ensuite à Pavie, dès 1330, pour commémorer le miracle de l’Incarnation. Puis, celle du midi est instaurée en 1472 par Louis XI.
Il faut attendre le XVIIe siècle pour que l'Angélus, tel que nous le connaissons aujourd'hui, se généralise dans tout l'Occident. Au son de la triple sonnerie, traditionnellement à 6h, 12h puis 18h, dans les campagnes comme dans les villes, chacun interrompait son labeur pour se recueillir et consacrer ses activités quotidiennes à Dieu, comme en témoigne le célèbre tableau éponyme de Millet.
Aujourd'hui, si la prière de l’Angélus ne rythme plus autant la vie des fidèles qu’elle ne le fit pendant des siècles, elle reste pour beaucoup un repère spirituel précieux. Ainsi, chaque dimanche à midi, des chrétiens se joignent sur la place Saint-Pierre au pape pour prier l’Angélus.
